11.1.06

Re-Être


Born_Again by Nuozek


Renaître…

C'est aussi connaître le goût de cette cendre amère qui, un temps, joua de votre crédulité de mort-en-vie.

Se noyer dans cet océan d'inconscience, où le réel n'est plus qu'un triste tableau sur lequel on prend soin de cracher, de temps en temps, manquant plus ou moins sa cible, fil d'envie, rasoir du néant.

L'après Temps, quand celui-ci ne s'écoule plus normalement, pour tous les désespérés, les malheureux, les complexés, les névrotiques grisés...


La renaissance ne peut s'opérer sans désillusions intenses même erronées, il lui faut son taux de suffisance, sa paire de manche atrophiée, une pincée de complexes, un brin de cynisme et quelques pétales d'ennuis, pour larver correctement, il faut avoir perdu toute estime de soi, d'autrui, de l'espérance à l'agonie.


L'on pousse un cri à la naissance, déchirant (surtout pour les oreilles parentales) et strident, douleur prononcée à exister.

Notre premier cri à vivre, devrait être un hurlement de jouissance, le premier orgasme de l'enfance, manquant celui-ci, tout se dévalorise, puisqu'on oublie de goûter aux véritables valeurs des premiers émois.


Ainsi, le formatage s'accomplit dès la première heure, le ton est donné, celui de la douleur, tout se fera par et pour elle, "ne touche pas au feu, ça brûle!" et pourquoi pas donner un autre regard aux interdictions préventives "La caresse sans matière est tellement plus subtile et délicieuse, suggère mais ne touche, effleure mais ne saisis pas!", parler par plaisir, non par principe, accorder aux prémices la valeur d'un flirt, sensations, hédonisme, intensité, fébrilité.

Inciter à apprendre plutôt que forcer, s'instruire par plaisir, plus que nécessité?


Après l'éducation bornée et radicale que reste-il de la fougue, des rêves irréalisables?

L'on se meurt, consumé avant l'heure, avant même d'avoir brûlé.




On meurt.

Sans même s‘en rendre compte, le pourrissement d'années en suspens, la moisissure pénétrant chacun des pores, la sécheresse sillonnant toutes envies...

Auquel répondra la destruction "le feu par le feu!", ce sera l'incendie, l'explosion finale, l'orage déconcertant, l'errance outre-rêve.

Alors qu’on se borde somnolent, priant que la mort ne soit aussi insensible que cette vie...

Le retour abrupte amènera à rencontrer de nouveaux ses ennemis. Mais des cendres naissent la vie, l'humus des mélancolies laissera pousser le rêve et l'envie, sommeillant à l'abris d'un regard non averti, avant de percer, aux tourments, son sujet bouleversé, se tordant d'être révélé à lui:


"N'as tu jamais vécu?"


L'éveil, tel un Bouddha, la méditation ne sera qu'une prostration larmoyante en un moi égocentrique, l'éclair foudroyant éliminera les défécations d'anciennes croyances.

Car il faut détruire pour de nouveau construire, oublier pour ré-apprendre, parler à vide, s'ébranler d'un silence tonitruant, le briser d'un éclat! D'une larme, d'un rire! D'une frasque!

Être enfant d'un adulte qui s'y refuse, s'étonner de tout, porter chaque jour sur ce monde, le regard d'un nouveau né, sans jugement, mais d'une acuité acérée, dévoreuse, car affamée, de toute découverte à s'en gaver!


Mais ici, point d’écœurement! Chaque angle apporte une nouvelle mesure, tournée, tourne encore, vire de bord, écume les hanches de cette belle et moribonde, de cette blonde franche, qui succube infernale reste insatiable à tes assauts!

Consomme, car il le faut!

Non pour eux, non pour cette société. Pour toi, car il te faut créer!

"Si l'Homme n'améliore l'endroit où il s'établit, alors, qu'il s'en aille" et s'il le rend différent, cela compte?


Mouvement, que ton calme déroute, que ton asservissement fatigue ces dernières pensées macabres, car l’on renaît, affamé, prêt à goûter tout ce que l'on saurait nous offrir, il faut le temps de perdre les dernières lacunes d'un mal-être coutumier, l'apprentissage d'oublier.



Cidiène

2 commentaires:

  1. cracher sur le quotidien
    pour le colorer
    fort de voir de la pourriture et de subir les sentiments d'autres biaisés,

    il faut résister,
    mais pas l'affronter,
    à la manières d'un sage chinois,
    il faut attraper le monstre
    et le faire danser,
    faire danser celui qui te veux du mal.

    accepter la bave sur ton cou
    un instant
    puis le faire valser
    rester là
    mais être insésissable
    inaccrochable...
    etc...

    C'est aussi beau que noir se que tu écrit.

    Pour moi la noirceur est venue avec l'exil...
    être loin de chez soi,
    se détacher,
    et voguer dans un ciel infini,
    après des années...
    et pour les siens on devient un étranger...

    (Je n'ai pas ton vocabulaire. désolé. j'écris depuis bien trop peu de temps...)

    à bientôt j'espère

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  2. Mince, moi qui n'arrivait pas à bidouiller avec les blogs à l'époque (je ne savais pas qu'on pouvait répondre à ses commentaires oui je suis un peu quiche, parfois).

    Enfin, bon, ce commentaire m'avait touché à l'époque et me touche encore :)
    Et le "manque de vocabulaire" ne se ressent pas vraiment face à l'intensité du sentiment derrière ces mots choisis qui nous frustrent parfois, de ne pas être l'exacte réplique d'une déferlance écrite.

    Merci :)

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