21.1.09

Le Prix d'une Etoile


I



C’est une nuit tiède à la brise légère, rafraîchissant juste ce qu’il faut pour ne pas sentir la sueur couler sur la peau.
La radio annonce qu’il pleuvra bientôt une nuée d’étoiles, garante de milliers de souhaits d’hommes et de femmes osant à peine rêver...
Certaines, résidus d’anciens systèmes, ne feront que disparaitre dans l’atmosphère. D’autres, plus chanceuses, continueront leurs routes aux sillages d’éphémère.
Le voile nocturne s’étend doucement, sous le vrombissement acharné des cigales, peu ébranlées par la sérénade éclatant au ciel. La nuit laissera s’attarder les rayons du soleil, comme tolérant les dernières pirouettes du jour, son rival… avant de lancer sa propre apothéose à elle, sans égale.
En cette valse tourbillonnante de lumière, je me sentais d’un coup, le maillon solide de ce brillant univers. J’avais ma part d’illusions et d’artifices, il me fallait faire le tour de mon histoire pour pouvoir la continuer. Une rotation que suivent les plus grands astres aux plus insignifiantes poussières.
On en revient toujours au final, au point de départ.
C’était logique que mon cycle s’achève, éblouissant les rares spectateurs par un dernier éclat.

L’ultime supernova.

Elle me brûle, me dévore, m’émerveille, écoute mes derniers soupirs… et milles crépitements la suivent. Meurtrière de ce qu’elle précipite, sa lente révolution en attirant de nouvelles dont il me semble compter chaque tourbillon, soubresaut d’une nouvelle ère, tranchant les fils d’espoir, implacable et cruelle. Les cendres ne seront que l’écho glacé de vœux échoués se noyant aussitôt dans l’immense voie lactée.
Celle qui n’aura jamais autant brillé : que ce soir là.
Ce nouveau moi qu’Elle, soudainement, éclaire. Et brûle.
D’un feu incandescent que tout consume, je crois bien que je change. Ce n’est pas grandir : c’est évoluer…
Sur cette route… que je ne croyais jamais pouvoir quitter.



II



« Mr Elontruvi ? C’est l’heure de vos soins. » Une voix surgissant des limbes, chaleureuse et posée, de celles qui savent ce qui doit être fait. Mon regard croise le sien. Elle est jolie cette infirmière, elle ne le sait peut-être que trop bien. Appliquant méthodiquement une surface souriante et polie, au mécanisme rôdé, tout terrain accidenté. Devenant pour un temps, la seule aspérité d’un quotidien que je tolèrerai.
Il y a des transformations radicales que l’homme doit subir pour changer. Il doit parfois mourir un peu, pour renaître à nouveau, parcourir cette route qu’il connait par cœur mais qu’il devra redécouvrir. Des mues douloureuses aux prix effroyables qui vous rappellent distinctement la valeur de ce que l’on fut sur le point de perdre… et celles des choses qu’on n’a jamais tentées. Par confort. Par facilité.
Sur un lit de gisant, on est confronté à cette réalité : ce qu’il reste de nous. Ce qu’il aurait resté.
La brulure fut si intense que mon cœur en reste marqué. Ce n’est pas une vie qui s’achève, mais un renouveau. Après avoir tourné si souvent sur cette même route, je découvre pour la première fois l’étincelle de cet autre moi, celui que je craignais de devenir, bridé par cette conformité dont je suis bien loin de me repentir.
La route est encore longue sous ce ciel constellé. Elle est identique à celle que des millions d’autres ont piétiné avant moi, que d’autres parcourront après.
Et pourtant, chaque jour nouvelle, comme cette lente révolution qu'accomplit le soleil, comme celle que j’esquissais cette fameuse nuit, maillon de cette chaine universelle à qui je croyais échapper.
Sur cette route… où je ne serai jamais…

… le dernier accidenté.



Cidiène
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PS de l'auteur : Cette nouvelle avait été écrite à l'origine pour le concour franco/Belge de "La Fureur de Lire" dont le thème était : révolution. Malheureusement, l'histoire de l'histoire s'avèra maudite, et à chaque fois que je devais me poser pour continuer d'élaborer cette nouvelle, un imprévu, un impératif ou une obligation (qu'elle soit de nature amicale/familiale ou simplement de politesse) m'empêchait de l'achever. Si bien que je me suis retrouvée, à la lisière de la cloture du concour bien désemparée, sans ordi (car il a crashé et que celui qu'on m'a prêté refusait de marcher malgré l'archanement de Psycho), très préssée par le temps, et incertaine quant à la quantité minimum que j'avais pu fournir. Quoi qu'il en soit, malgré ses aléas, j'ai pu courir à une poste (et pas celle de dessous de chez moi), arrachant la promesse d'un cachet "du 22aout" qui me sauvait la mise (à défaut de vie), j'en remercie encore les hotesses (tout sourire) même si au final, il me manquait une ligne et demi. Je suis donc hors-concour mais l'essentiel étant: je suis allée au bout de ce concour. Même si je ne serai pas jugée.


Une révolution a plusieur sens (et continue de tourner dans tous). Il peut s'agir d'un changement radical et profond qui balaie les anciennes croyances pour en imposer des nouvelles sous les cendres encore chaudes des traditions... Comme il peut s'agir tout simplement de l'acte de rotation... ou du mouvement des planètes.
Revolution, du latin revolvere : retour en arrière.

1 commentaire:

  1. J'aime beaucoup les deux parties qui se répondent, le micro et le macro, ca fait une belle unité à la fin.

    De beaux passages, aussi. Si j'aurais un petit conseil à te donner, ca serait de varier un peu tes registres de langages et la longueur de tes phrases - par exemple. Tu es souvent emphatique - ce que tu fais bien - mais un peu plus de simplicité par moment (aux moments les moins importants) mettrait mieux en valeur les phrases plus poétiques et plus fortes.

    Menfin, c'est que mon humble avis ^^
    Continuuuue !

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